Le menu végétarien à la cantine : ce que dit la loi, ce que mangent les enfants

Une fois par semaine, le plat principal de la cantine ne contient ni viande ni poisson. Ce n'est pas un choix du cuisinier ou une mode passagère : c'est une obligation légale qui s'impose à toute la restauration scolaire, de la maternelle au lycée, dans le public comme dans le privé. Elle a d'abord été testée deux ans, évaluée, puis inscrite durablement dans le code rural.

De l'essai à la règle permanente

2019 : deux ans d'expérimentation

La loi EGalim du 30 octobre 2018 a introduit, à titre expérimental et pour deux ans, l'obligation de proposer au moins un menu végétarien par semaine dans toutes les cantines scolaires. L'expérimentation a démarré le 1er novembre 2019. Le texte précisait déjà que ce menu « peut être composé de protéines animales ou végétales ».

2021 : la loi Climat et résilience la pérennise

L'article 252 de la loi du 22 août 2021, dite Climat et résilience, a réécrit l'article L. 230-5-6 du code rural. Le menu végétarien hebdomadaire n'y est plus expérimental : les gestionnaires publics et privés de la restauration scolaire le proposent au moins une fois par semaine, en privilégiant des produits de qualité ou respectueux de l'environnement. Au 13 octobre 2026, c'est toujours cette version, en vigueur depuis le 25 août 2021, qui s'applique.

Et un choix végétarien tous les jours ?

La même loi distingue deux situations :

Pour une école maternelle ou élémentaire, dont la cantine relève de la commune, la seule obligation nationale reste donc le menu hebdomadaire. Une ville peut aller plus loin, mais par choix local.

Ce que contient un menu végétarien

Le guide du Conseil national de la restauration collective (CNRC) publié en juillet 2020 fixe la définition retenue : ni viande, ni poisson, ni mollusques, ni crustacés, que ce soit en entrée, en plat, dans la sauce ou dans la garniture. Les œufs et les produits laitiers sont autorisés.

Dans une cantine à menu unique, ce qui est la règle en primaire, le menu végétarien concerne tout le monde ce jour-là. Pour une cantine servant quatre déjeuners par semaine, cela représente 5 repas végétariens sur 20 repas successifs ; pour cinq déjeuners, 4 sur 20. L'obligation ne vaut que pour le déjeuner en période scolaire.

Le menu végétarien reste soumis aux règles nutritionnelles générales de l'arrêté du 30 septembre 2011, notamment le minimum de 4 repas sur 20 avec de la viande non hachée de bœuf, veau, agneau ou des abats, et de 4 repas sur 20 avec du poisson.

Ce que recommandent les instances officielles

Sur les 4 ou 5 menus végétariens obligatoires par série de 20 repas, le groupe de travail Nutrition du CNRC propose, à titre indicatif :

Ces plafonds répondent à des constats de l'Anses : dans les menus étudiés, les plats sans viande ni poisson étaient majoritairement à base d'œuf, le fromage est le deuxième contributeur aux acides gras saturés chez les 1-17 ans, et la question des phyto-estrogènes du soja appelait une expertise complémentaire. Le CNRC conseille aussi de ne pas servir un fromage en produit laitier quand le plat principal est déjà fromager.

Côté repères de santé publique, le Haut Conseil de la santé publique recommande pour les enfants des légumineuses au moins deux fois par semaine et des féculents complets ou peu raffinés, repères repris par le Programme national nutrition santé.

Ce qu'ont conclu les évaluations

Le rapport du CGAAER de mars 2021 a évalué l'expérimentation hebdomadaire. Ses constats sont nuancés :

Le second rapport, de mars 2023, portait sur le choix végétarien quotidien. Seuls 49 établissements s'étaient déclarés volontaires, soit environ 46 500 repas par jour. Les inspecteurs ont jugé l'échantillon trop faible pour conclure et recommandé d'actualiser l'arrêté de 2011.

Protéines et fer : ce que disent les données

Les protéines

La crainte la plus répandue porte sur les protéines. Or les enfants français en consomment déjà beaucoup : environ 15 % de leur apport énergétique chez les 4-10 ans, selon les données INCA 3 citées par le CNRC, pour un besoin estimé à 7 %. L'Anses a conclu en janvier 2020 qu'un menu végétarien hebdomadaire équilibré peut contribuer à couvrir l'ensemble des besoins des enfants, sans dégrader à lui seul la qualité de leur alimentation. Dans son rapport de 2021 révisé en 2022, elle note que, lorsque tous les menus de cantine comportent viande ou poisson, l'apport en protéines est presque trois fois supérieur aux apports recommandés.

Associer céréales et légumineuses dans le même repas n'est pas indispensable : selon l'Anses, une inadéquation en acides aminés est très peu probable même sans cette association.

Le fer

Le fer des végétaux est moins bien absorbé que celui de la viande. L'Anses en a tenu compte dans ses simulations pour les 7-10 ans, avec une absorption de 10 % pour les menus sans viande ni poisson contre 16 % pour les autres. Résultat : l'apport en fer absorbable reste suffisant, même si tous les déjeuners de cantine étaient sans viande ni poisson. Des lentilles vertes cuites apportent environ autant de fer qu'un steak haché cuit, à poids égal (2,45 mg pour 100 g).

L'Anses conclut qu'il n'est pas pertinent de fixer une fréquence maximale de menus sans viande ni poisson. Son point de vigilance porte sur le poisson, principale source d'oméga-3 EPA et DHA, dont la fréquence ne doit pas pâtir des remplacements.

Une réglementation en cours de révision

La refonte de l'arrêté de 2011 est en préparation depuis 2021. En avril 2026, le ministère de l'Agriculture indiquait que les travaux étaient en voie de finalisation, avec l'introduction annoncée du menu végétarien hebdomadaire dans l'arrêté et un plan de diversification des sources de protéines. Aucun nouveau texte n'était publié à la mi-octobre 2026.

Les menus des villes

Le repas végétarien de la semaine est repéré sur chaque menu publié ici : Toulouse, Nantes, Rezé, Saint-Herblain, Orvault, Carquefou, Saint-Sébastien-sur-Loire, Rennes, Angers, Antibes, Bègles, Le Havre, Lyon, Nice, Poitiers et Montpellier.

Questions fréquentes

La cantine de mon enfant doit-elle proposer un plat végétarien tous les jours ?
Non, pas en maternelle ni en élémentaire. La loi impose un menu végétarien au moins une fois par semaine. L'option végétarienne quotidienne n'est obligatoire, depuis le 1er janvier 2023, que dans la restauration collective de l'État, de ses établissements publics et des entreprises publiques nationales proposant déjà plusieurs menus. Une commune peut toutefois décider d'en offrir une de sa propre initiative.
Peut-on demander que son enfant ait de la viande le jour du menu végétarien ?
Dans une cantine à menu unique, cas le plus fréquent en primaire, le menu végétarien concerne tous les enfants ce jour-là. La loi n'organise pas d'alternative carnée. Le guide du CNRC admet que le menu végétarien soit l'une des options lorsque l'établissement propose déjà plusieurs menus, ce qui relève de l'organisation choisie par la commune.
Le menu végétarien est-il obligatoire pendant les vacances, au centre de loisirs ?
Selon le guide du Conseil national de la restauration collective, l'obligation porte sur les déjeuners servis en période scolaire. Le même guide recommande de maintenir le rythme d'un menu végétarien par semaine toute l'année, vacances comprises, et de le placer de préférence les jours où la cantine est la plus fréquentée.
Les steaks et nuggets végétaux sont-ils encouragés à la cantine ?
Pas particulièrement. Le CNRC recommande de limiter les plats transformés à base de protéines végétales à un sur les 4 ou 5 menus végétariens d'une série de 20 repas, et de privilégier le fait maison et les produits bruts. Il conseille aussi de veiller à la qualité nutritionnelle de ces produits et de limiter les aliments ultra-transformés riches en additifs.

À lire aussi

Sources : Code rural, article L230-5-6 (version issue de la loi Climat et résilience) · Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, article 252 · CNRC, Restauration scolaire : expérimentation du menu végétarien (juillet 2020) · Anses, appui scientifique et technique 2020-SA-0101 sur les fréquences en restauration scolaire (2021, révisé 2022) · CGAAER, rapport n° 20068 : évaluation de l'expérimentation du menu végétarien hebdomadaire (mars 2021) · CGAAER-IGEDD, rapport n° 22106 : évaluation de l'option végétarienne quotidienne (mars 2023).