Loi EGalim à la cantine : ce qui est obligatoire dans l'assiette
Bio, Label rouge, menu végétarien, fin des barquettes en plastique : la plupart des règles qui pèsent aujourd'hui sur le contenu d'un plateau de cantine viennent d'un même ensemble de textes, regroupés sous le nom d'« EGalim ». Elles portent sur les achats de toute une année plus que sur un repas donné. Voici ce qui s'applique à l'école, et ce que montrent les derniers chiffres officiels.
Quatre lois, un même socle
Le point de départ est la loi du 30 octobre 2018 sur l'agriculture et l'alimentation, dite EGalim. La loi Climat et résilience du 22 août 2021 l'a complétée, tandis que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) du 10 février 2020 a fixé les règles sur le plastique et les déchets alimentaires. Dernier texte en date, la loi n° 2026-796 du 18 août 2026 d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles a encore fait évoluer ces dispositions. Les obligations sont inscrites pour l'essentiel dans le code rural et de la pêche maritime, aux articles L. 230-5 et suivants.
La restauration scolaire, de la maternelle au lycée, est concernée par toutes les mesures, que la cuisine soit gérée directement par la commune, confiée à un prestataire ou déléguée à une entreprise.
La règle des 50 % et des 20 %
Depuis le 1er janvier 2022, les repas doivent comporter au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits issus de l'agriculture biologique. Le calcul ne se fait pas assiette par assiette : il s'apprécie en valeur hors taxe des achats alimentaires, sur une année civile.
Entrent dans les 50 % :
- les produits bio, ainsi que certains produits végétaux « en conversion » ;
- les produits sous signe officiel de qualité : Label rouge, appellation d'origine (AOC/AOP), indication géographique protégée (IGP), spécialité traditionnelle garantie (STG) ;
- les produits issus d'exploitations certifiées Haute valeur environnementale (HVE) ;
- les produits de la pêche portant l'écolabel Pêche durable ;
- les produits du commerce équitable ;
- certains produits fermiers, quand une définition réglementaire encadre leurs conditions de production.
Un produit simplement « local » ne compte pas automatiquement. La proximité géographique n'est pas un critère de qualité au sens de la loi.
Viandes et poissons : 60 % depuis 2024
La loi Climat et résilience a ajouté un objectif propre à ces deux familles. Depuis le 1er janvier 2024, au moins 60 % des achats de viandes et de poissons doivent être durables et de qualité. Pour la restauration collective de l'État et de ses établissements publics, le taux est fixé à 100 %.
Ce que la loi d'août 2026 a modifié
La loi du 18 août 2026 ajoute un sous-objectif de 30 % pour les produits sous signe officiel de qualité, HVE ou fermiers. Elle élargit aussi la liste des produits éligibles : produits de montagne certifiés, produits de la pêche et de l'aquaculture issus d'une démarche collective garantissant l'origine et la traçabilité. Enfin, elle instaure une préférence européenne : dans les restaurants collectifs gérés par une personne publique, les repas ne doivent comprendre que des produits originaires de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de certains territoires d'outre-mer, sauf absence d'offre suffisante pour un produit non substituable. Cette règle vaut pour les marchés dont la consultation a été lancée à partir du 19 août 2026.
Un menu végétarien chaque semaine
Toute cantine scolaire doit servir au moins un menu végétarien par semaine. Il s'agit d'un menu complet sans viande, poisson, crustacés ni fruits de mer, qui peut en revanche contenir des œufs ou des produits laitiers. Les cantines servant plus de 200 couverts par jour en moyenne doivent en outre présenter un plan pluriannuel de diversification des protéines.
Ce que la cantine doit afficher
Les familles ont un droit à l'information. Depuis le 1er janvier 2022, la part de produits durables et de qualité, ainsi que celle des produits issus d'un projet alimentaire territorial, doivent faire l'objet d'un affichage permanent à l'entrée du restaurant, mis à jour au moins une fois par an. Une information par voie électronique doit aussi être diffusée au moins une fois par an.
La fin du plastique dans les cuisines
Les bouteilles d'eau plate en plastique sont interdites en restauration scolaire depuis le 1er janvier 2020. Surtout, depuis le 1er janvier 2025, les contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en plastique ne peuvent plus être utilisés dans les cantines scolaires et universitaires, ni dans celles des structures accueillant des enfants de moins de six ans. Les collectivités de moins de 2 000 habitants disposent d'un délai : l'interdiction s'y applique au plus tard le 1er janvier 2028. La mesure figure à l'article L. 541-15-10 du code de l'environnement.
Gaspiller moins, jeter moins
Chaque opérateur de restauration collective doit mener une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire, précédée d'un diagnostic. Il est aussi interdit, depuis le 1er janvier 2020, de rendre impropres à la consommation des excédents encore consommables, sous peine d'une amende de 3 750 €. La loi AGEC fixait par ailleurs un objectif national : réduire de moitié le gaspillage en restauration collective d'ici 2025 par rapport à 2015.
ma cantine, l'outil de suivi
Le ministère de l'Agriculture a ouvert la plateforme ma cantine. Chaque cantine doit y télédéclarer ses achats de l'année précédente, lors d'une campagne organisée en début d'année. Les fiches publiques de nombreux établissements y sont consultables, ce qui permet à un parent de voir les taux déclarés par la cantine de son enfant. Depuis la loi d'août 2026, la déclaration simplifiée devient la norme, et l'origine des produits (Union européenne, France) s'ajoute aux données suivies.
Des objectifs encore loin d'être atteints
Le bilan statistique publié en 2025 sur les achats de 2024 porte sur 33 797 sites de restauration, soit 40 % des sites en France. Tous secteurs confondus, il établit :
- une part de produits bio de 11,8 % ;
- une part de produits durables et de qualité de 29,5 % ;
- environ 35 % des cantines au-dessus des 50 %, environ 44 % au-dessus des 20 % de bio, et près de 30 % qui atteignent les deux ;
- un taux de 36,2 % de produits durables et de qualité pour les viandes et poissons, loin des 60 % exigés.
L'enseignement reste le secteur le plus avancé, avec 38,3 % de produits durables et de qualité, dont 19 % de bio. Le menu végétarien hebdomadaire est en revanche largement appliqué : 96,7 % des restaurants scolaires ayant répondu à la question le respectent. Ces chiffres reposent sur des déclarations et ne couvrent qu'une partie des cantines, ce qui invite à les lire comme une tendance plutôt que comme une photographie exhaustive.
Les menus des villes
Pour voir ce que ces règles donnent dans l'assiette, semaine après semaine, les menus détaillés de Toulouse, Nantes, Rezé, Saint-Herblain, Orvault, Carquefou, Saint-Sébastien-sur-Loire, Rennes, Angers, Antibes, Bègles, Le Havre, Lyon, Nice, Poitiers et Montpellier.
Questions fréquentes
- Les écoles privées sont-elles soumises aux mêmes règles ?
- Oui. Depuis le 1er janvier 2022, l'objectif de 50 % de produits durables dont 20 % de bio s'applique aussi aux services de restauration scolaire gérés par des personnes morales de droit privé. Le menu végétarien hebdomadaire concerne de même les gestionnaires publics et privés. Le mode de gestion, direct ou confié à un prestataire, ne change rien aux obligations.
- Les produits locaux comptent-ils dans les 50 % ?
- Pas en tant que tels. Un produit acheté chez un producteur voisin n'entre dans le décompte que s'il porte un label reconnu : bio, Label rouge, AOP, IGP, HVE, mention fermier encadrée, entre autres. Les produits issus d'un projet alimentaire territorial font l'objet d'un affichage séparé mais ne sont pas comptés dans l'objectif de 50 %.
- La préférence européenne de 2026 interdit-elle les bananes ou le chocolat ?
- Non. La loi du 18 août 2026 prévoit une exception lorsque l'offre européenne est insuffisante pour un produit particulier et non substituable dans les quantités demandées. Elle s'applique aux restaurants gérés par une personne publique, et seulement aux marchés dont la consultation a été lancée à partir du 19 août 2026.
- Où trouver les chiffres de la cantine de mon enfant ?
- La cantine doit afficher en permanence, à l'entrée du restaurant, la part de produits durables et de qualité, actualisée au moins une fois par an, et la communiquer aussi par voie électronique. La plateforme publique ma cantine permet en outre de consulter les fiches des établissements inscrits et les taux qu'ils ont télédéclarés.
À lire aussi
- Le menu végétarien à la cantine — Obligation hebdomadaire depuis 2019, option quotidienne réservée à certains, avis de l'Anses sur les protéines et le fer : l'essentiel vérifié.
- Composer un menu de cantine — Quatre ou cinq plats, des fréquences comptées sur 20 repas et des portions par âge : les règles qui façonnent chaque menu scolaire.
- Prix de la cantine scolaire — Qui fixe le prix du repas, combien il coûte vraiment, le rôle du quotient familial et l'état actuel de la cantine à 1 €.
- Allergie et PAI à la cantine — Demander un PAI, choisir entre repas adapté et panier-repas, lire les allergènes des menus et savoir ce qui est prévu en cas d'urgence.
Sources : Les mesures de la loi EGalim complétée par la loi Climat et résilience (CNRC, ma cantine) · Rapport bilan statistique EGalim 2025 (achats 2024) · Loi n° 2026-796 du 18 août 2026 : quels changements pour la restauration collective ? (ma cantine) · Cantine scolaire à l'école primaire (Service-Public.fr).